La créativité, un référentiel normatif pour distinguer l'enfant "atypique" de l'enfant "assisté"
Colloque du CRIFPE
Communication orale
Thème(s)
Le développement, l’expérimentation et l’évaluation d’innovations pédagogiques, Enjeux politiques de l’éducation et justice scolaire et Didactique des disciplines et transposition des savoirs
Symposium
Résumé
La diffusion des activités artistes dites créatives auprès des enfants présentant une déficience mentale traduit la modification d'une conception sociale du handicap et du sens de la protection sociale portée par les institutions internationales depuis les années 2000: les difficultés enfantines ne sont plus considérées comme le résultat d'une déficience qui mériterait compensation et réparation, que perçues comme la conséquence d'institutions peu soucieuses des intérêts individuels et de l'autonomie décisionnelle des intéressés (rigidité des organisations, méthodes pédagogiques "asymétriques" etc...). A partir d'une enquête conduite pendant 24 mois au sein d'une institution spécialisée, nous proposons de montrer en quoi la modification d'un mode d'intervention pédagogique se définissant comme "horizontal" réinstaure d'autres principes normatifs, à partir desquels la population est évaluée et hiérarchisée. L'incapacité à se montrer réflexif et à "faire des choix", à formuler et à élaborer un projet, à collaborer avec ses pairs, à se saisir des "ressources" par soi-même avec une certaine "habilité" -définie selon les catégories d'entendement scolaires traditionnelles- mettent à mal la relation aidants/aidés. Ces difficultés apparaissent comme des incapacités personnelles, attestant que la déficience est peut-être plus sérieuse qu'on ne pouvait le croire. La "créativité" devient une catégorie qui distingue l'"atypique" de l'"assisté" incapable de s'auto-gouverner.
Auteur·e·s
Cnam | Laboratoire interdisciplinaire pour la sociologie économique (Lise) - France
Doctorant en sociologie sous la direction de Serge Ebersold, au Lise (CNAM - Paris), je rédige actuellement ma thèse qui porte sur la modification des schèmes d'appréhension du handicap mental et des modalités pédagogiques d'intervention à partir de la diffusion de l'activité artistique dans le secteur de l'enfance et du médico-social, et de l'imposition de la figure de l'enfant "atypique". Fondée principalement sur une ethnographie des pratiques des professionnels animant des ateliers artistiques, il s'agissait également de comprendre les conditions historiques d'apparition de cette conception, de ressaisir les modalités à travers lesquelles la professionnalité de l'éducateur s'est trouvée redéfinie, les modes de catégorisation et de perception des déficiences, et les aménagements mis en place pour faire face aux "clients réels".
Séance
C-V119
Heure
2026-05-08 9 h 20
Durée
25 minutes
Salle
Outremont 5